Vaya con Dios (première partie)

Mars 1502. Coyllas a 6 ans. Coyllas va mourir. Tout le monde s'en fout. Non, en réalité, tout le monde est très content.

Mars 1502. Coyllas a 6 ans. Coyllas va mourir. Tout le monde s’en fout. Non, en réalité, tout le monde est très content. Aujourd’hui, tout le village est sur la place. Les gens attendent. Ils attendent que Coyllas soit prêt. Prêt pour la grande fête de mai, prêt pour son mariage, prêt pour le pacte avec les gens de la vallée. Eux ne connaissent pas le froid, le vent, le gel. Ils ne connaissent pas non plus la neige et la famine. Coyllas ne comprend pas pourquoi les gens du village crient son nom. Lui, il est à l’intérieur, avec sa mère. Elle lui met une espèce de grand chapeau sur la tête. Elle doit le faire tenir avec des épingles. Ça lui fait mal. Il ne comprend pas pourquoi il doit se déguiser. Son gros chapeau fait de cheveux est presque plus grand que lui. Pourquoi doit-il porter ça ? C’est ridicule, et c’est beaucoup trop grand ! Mais sa mère lui répète : « le chapeau ne doit pas tomber. C’est très important ». Coyllas ne peut pas comprendre, mais si sa coiffe tombait, ce serait dramatique ; tout le village penserait que les dieux sont contre le mariage, contre le pacte, contre Coyllas, peut-être même contre le village entier. Si elle tombait, les prêtres ne seraient pas contents. Le village ne partirait pas avoir l’Inca pour la grande Fête de mai. Pendant une seconde, la mère de Coyllas préférerait qu’elle tombe.

Elle respire. Elle sourit à son fils. Les petites jambes de Coyllas ont du mal à rester droites. La coiffe est bien trop lourde pour son petit corps. Dans sa main droite, il prend des jouets en bois qui portent le même déguisement que lui. Dans la main gauche, il lutte pour faire tenir trois petits lamas en bois. « Il faut bien les tenir. Ils ne doivent pas tomber », lui dit sa mère. Coyllas la regarde. Il fait oui de la tête. Il tombe presque. Le chapeau est lourd, il doit garder la tête bien droite pour rester debout. Sa mère espère un instant que les petits lamas en bois tomberont, Qu’ils s’animeront, qu’ils courront loin d’ici. Elle, elle ne peut pas partir. Elle pousse Coyllas vers la porte. Il fait beau sur la place. La pluie a enfin arrêté de tomber, et le soleil brille. Coyllas sort sur la place. Tout le village crie. Coyllas marche autour de la place, il ne tombe pas. Le village est content, tout le monde crie de joie. Coyllas partira demain pour la grande fête de mai.

Il est très tôt le matin. Le soleil est encore bas dans le ciel, il y a de la glace sur le sol. Les voyageurs se préparent. De la fumée sort de leur bouche. Ils préparent la nourriture et tout ce qui sera nécessaire pour ce long voyage. Il y a beaucoup d’hommes pour que le voyage soit plus sûr, Quelques femmes pour porter les vêtements sacrés, des prêtres pour prier et enterrer les morts, et des lamas pour porter les vivres. Aujourd’hui, ils commencent une longue route, mais elle sera moins difficile que la marche du retour. S’ils reviennent au village un jour. Beaucoup vont mourir, ils le savent. Mais, pour aller à Cuzco, Ils vont marcher sur un vrai chemin de pierre et traverser des villages. Ils pourront parfois dormir à l’abri du froid, manger à leur faim, et remplir les sacoches transportées par les lamas.

Sur le chemin, il chantent pour ne pas s’ennuyer, pour moins sentir le froid, pour se donner du courage. Il y a de moins en moins de nourriture sur le dos des lamas, et de plus en plus de larmes dans les yeux de la mère de Coyllas. Elle est triste. Elle est malade aussi. C’est son estomac. Un lama la portera jusqu’à Cuzco, ou jusqu’à la mort. Le petit garçon doit marcher maintenant. C’est sur son lama que sa mère se repose. Il ne dit rien, il est même plutôt content d’avoir le droit de porter ses vieilles chaussures. Les nouvelles lui faisaient mal au pied, et il n’avait pas le droit de courir avec pour attraper les cochons d’inde. Plus ils s’approchent de la capitale, Plus les gens le regardent. Coyllas ne sait pas pourquoi, mais ils essaient tous de le toucher. Il ne dit rien, comme d’habitude. Il fait seulement des grimaces, c’est la seule chose qu’il a le droit de faire, parce que ça amuse les gens qui le regardent. « Tous ces gens, ils n’ont pas de cadeau pour l’Inca », lui dit sa mère qui va beaucoup mieux.


Des difficultés de vocabulaire, un problème de compréhension ? N’hésitez pas à en parler dans les commentaires. Je pourrai vous aider et ajouter des éléments pour faciliter la compréhension du texte.

Vous aimez ? ... Partagez !
Share on Facebook
Facebook
Share on Reddit
Reddit
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email
Print this page
Print

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.